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Science-fiction

Annihilation de Jeff Vandermeer

La mort, je commençais à le comprendre, n'était pas la même des deux côtés de la frontière.

Annihilation de Jeff Vandermeer, c’est le genre d’ouvrage caché dans un coin de la bibliothèque qu’on observe de loin avant de le prendre au détour d’un moment d’ennui. Et quelle ne fut ma surprise que de me laisser porter dans cet univers étrange de science-fiction frôlant l’horreur. Une histoire mystérieuse à l’odeur de champignons…

Le premier tome de la trilogie du Rempart sud de Jeff Vandermeer, Annihilation, est une série d’anticipation emplie de mystère. On y suit la 12ème expédition composée de quatre femmes scientifiques (une biologiste, une anthropologue, une psychologue et une géomètre) envoyée par une autorité non spécifiée explorer une zone étrange, la Zone X coupée de toute communication extérieure.

Le lieu dans lequel Jeff Vandermeer nous embarque, la Zone X, est un étrange endroit où la nature semble avoir repris le dessus sur la vie humaine. Car dans ce lieu, désert de toute présence, c’est bien le silence et le mystère qui règnent. D’une part, nous ne savons rien des personnages si ce n’est leur métier. D’autre part, nous ne savons pas pourquoi elles sont là.

Annihilation de Jeff Vandermeer

Annihilation : horreur écologique ?

Ce que j’ai aimé particulièrement dans ce récit, c’est qu’on ne s’attend à rien, tout comme l’on s’attend à tout. On suit le point de vue de la biologiste dont on ne connaitra jamais le nom. A travers son journal on lui découvre un caractère rationnel, détaché et pragmatique. Tout ce que l’on sait, c’est que son mari faisait partie de la précédente expédition. Mais un jour celui-ci a resurgi dans leur cuisine, sans souvenirs de l’expédition, avant de mourir d’un cancer tout comme les autres.

Nous suivons alors cette 12ème expédition dans la Zone X. Après une première nuit passée au camp de base, celle-ci découvre des escaliers menant sous terre au détour de ce qui semble être un phare. Mais quelques étages plus bas, le groupe fait face à de troublantes inscriptions sur les murs. Ils portent un message apocalyptique. Comme un funeste présage, les mots se dessinent sur les murs dans une étrange matière végétale. Des évènements bizarres se succèdent… Quel est donc le secret de cette Zone X ? Qu’est-il vraiment arrivé aux autres expéditions ?

Annihilation reflète les débats actuels sur l’environnement, l’évolution et la place de l’être humain dans le monde. A travers le malaise, nous traversons une Zone parsemée de ruines et mangée par une végétation dépassant notre logique. L’expédition déraille dès le départ. La faute à la Zone X ou à ce qui l’habite ?

Ce roman appartient au genre du new weird, apparu aux Etats-Unis dans les années 90.  Ce terme désigne un style qui prend son inspiration dans un univers réaliste où surgissent des éléments surréalistes entre fantasy et science-fiction. Pourtant je l’associe à ce que j’appelle l’horreur écologique, un monde où la nature nous échappe complètement et prend des formes inimaginables. Au même titre qu’un The Last of Us ou Les Oiseaux de Daphné du Maurier, Annihilation nous raconte la nature sous un aspect angoissant.

Annihilation de Jeff Vandermeer, photo du film d'Alex Garland
Photo tirée du film Annihilation adapté par le réalisateur Alex Garland

Annihilation : repenser l’évolution ?

Et si tout ce que nous savions sur l’évolution n’était pas aussi simple ? Ce qui nous inquiète dans ce 1er tome, c’est la toute petite place donnée à l’humain. Si la voix de la biologiste nous guide dans cette mystérieuse exploration, nous n’en sommes que plus vulnérables. La nature est à la fois merveilleuse et hostile. Dans ce récit, Jeff Vandermeer nous rappelle le terrible enjeu de l’environnement et ses questionnements au même titre que l’auteur Kim Stanley Robinson dans sa merveilleuse trilogie de Mars.  La nature est-elle notre amie ou notre ennemie ? Que décidons nous d’en faire ? Avons-nous réellement le contrôle sur celle-ci ? Bien sûr que non, et c’est là toute la splendeur du propos d’Annihilation.

Dans cette fresque naturelle, la biologiste rencontre des créatures frôlant l’hybridation, si anormales qu’on a la sensation de rêver (ou de faire un cauchemar). On ressent de l’angoisse à chaque page malgré la capacité de l’héroïne à garder la tête froide et sa capacité à survivre. Ainsi, dans une interview pour le magazine FuturE (anciennement Usbek&Rica) Jeff Vandermeer déclare :

« Il est problématique de penser que la nature est séparée de nous et que nous sommes séparés de notre environnement. De même qu’il est problématique de croire que nous pouvons nuire impunément aux systèmes naturels complexes qui constituent notre monde. »

Ce que nous raconte ce roman c’est l’indescriptible. L’inquiétant étrangeté d’une nature qu’on ne comprend plus et qui garde des secrets dépassant notre entendement. On est plongé dans un endroit aux lois étranges, où il ne faut pas attendre de réponses, car vous n’en aurez pas avec ce 1er tome. L’annihilation, pourrait-elle se présenter comme l’idée d’une évolution du monde dans lequel nous vivons ?

Annihilation de Alex Garland
Annihilation de Alex Garland avec Natalie Portman et Oscar Isaac

Annihilation d’Alex Garland, une adaptation réussie ?

En 2018, surprise, une adaptation d’Annihilation sort sous la direction du très bon réalisateur britannique Alex Garland (28 jours plus tard, Ex Machina).

Toutefois, c’est une libre interprétation que l’auteur nous livre. Si je n’ai pas lu la suite de l’excellente saga de Jeff Vandermeer, le film est loin de respecter la linéarité du tome 1. Des différences majeures peuvent être retrouvées entre les deux oeuvres.

D’abord, les scientifiques sont au nombre de 5 dans le film alors qu’elles sont 4 dans le roman. De plus, on connait leur prénom, leur passif, alors que le roman ne dévoile presque rien. Leurs métiers aussi diffèrent, ainsi que leur fonction au sein du groupe. Une certaine sororité nait entre certaines d’entre elles, là où dans le récit elles sont les unes contre les autres.

Par ailleurs, le film est renforcé par des scènes d’action qui n’existent pas dans l’œuvre originale. Alex Garland y introduit des créatures féroces qui n’existent pas dans le tome 1 (un crocodile aux dents de requin par exemple…). Une volonté de rajouter de l’action, de peur d’ennuyer le spectateur ? C’est surtout selon moi une adaptation libre du roman.

Autre différence majeure : la relation entre la biologiste et son mari. Sans vous spoiler, leur rapport n’est pas le même et donne un aspect peut-être mielleux dans le film alors qu’il est plus poignant et triste dans le récit.

Enfin, même si ce n’est pas la dernière différence, tellement il y en a entre ce film et le livre… Le sens du mot annihilation. Certains éléments n’existent pas dans le film comme la capacité d’hypnotiser de la psychologue. Celle-ci utilise l’hypnose sur ses collègues alors que le film a rejeté cette idée, faisant de l’annihilation un effet lié à la Zone. Dans le roman, l’annihilation prend un sens plus large. Toutefois dans les deux œuvres, la fin reste ouverte.

J’ai un seul conseil à vous donner : apprécier le roman et le film comme deux œuvres à part entière. Le propos de Garland est intéressant même si parfois mal exécuté et mal rythmé mais il a le mérite de donner une vision du monde qu’imagine Jeff Vandermeer.

L’image utilisée en couverture de cet article est une œuvre toute droite réservée du talentueux artiste Kilian Eng. 

Retrouvez le ici ou ici

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Manue Moon
Author: Manue Moon

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